Dans le règne animal, la majorité des espèces sont divisées en mâles et femelles, mais cette règle admet des exceptions remarquables. Certains organismes ne possèdent ni organe sexuel distinct ni différenciation de sexe au sens classique.
Certaines espèces brouillent totalement les frontières biologiques établies, adoptant des modes de reproduction qui échappent aux classifications binaires. L’absence de sexe défini n’empêche ni la reproduction ni la survie, révélant une diversité insoupçonnée dans les stratégies de perpétuation du vivant.
La sexualité animale, un monde bien plus complexe qu’il n’y paraît
En biologie, la sexualité animale échappe à toute tentative de schéma unique. Les étiquettes de mâle ou femelle s’effacent devant une variété de stratégies reproductives qui surprend même les spécialistes. Oubliez le cliché d’un accouplement systématique entre individus de sexes opposés : d’innombrables espèces ont développé des voies alternatives, fruits de leur histoire évolutive ou de conditions environnementales particulières.
La parthénogenèse incarne cette capacité à sortir du cadre. Ici, pas besoin de mâle : un ovule non fécondé devient un nouvel individu. Certains phasmes, ou des lézards du genre Aspidoscelis, en sont les champions, capables de perpétuer leur lignée sans jamais dépendre d’un partenaire. D’autres insectes comme Locusta migratoria ou Loxoblemmus frontalis activent cette option selon les circonstances. La parthénogenèse, qu’elle soit obligatoire ou facultative, permet à des populations entières de fonctionner sans distinction des sexes.
Pour mieux saisir la diversité de ces modes de reproduction, voici quelques repères :
- Reproduction asexuée : une descendance produite sans fécondation, par simple duplication ou développement d’un ovule seul
- Parthénogenèse : l’ovule se développe sans intervention de gamètes mâles, donnant un embryon pleinement viable
- Conséquence : la diversité génétique de la progéniture s’en trouve souvent réduite
À travers ces stratégies, le comportement animal démontre que la notion de sexe n’est ni figée ni universelle. Étudier la sexualité chez les animaux, c’est donc ouvrir la porte à toute la complexité du vivant, bien au-delà de la reproduction sexuée.
Quels sont les animaux qui n’ont pas de sexe au sens traditionnel ?
La séparation nette entre mâle et femelle n’est pas une fatalité. Plusieurs espèces animales déjouent cette opposition. Chez certains phasmes, la population entière est composée de femelles : elles se reproduisent sans fécondation, illustrant la parthénogenèse obligatoire. Aucun mâle n’est requis, la reproduction suit son cours, génération après génération.
Dans la famille des orthoptères, certains criquets comme Locusta migratoria ou Schistocerca gregaria peuvent produire des femelles à partir d’œufs non fécondés. Autre cas fascinant : le grillon Loxoblemmus frontalis. Sous l’influence de la bactérie Wolbachia, la descendance peut se composer uniquement de femelles. Ici, la présence d’un micro-organisme fait basculer le destin sexuel des individus, brouillant encore davantage les repères classiques.
Chez les lézards d’Amérique du Nord, notamment Aspidoscelis neomexicana et Aspidoscelis uniparens, tous les individus sont femelles, descendants d’une ancienne hybridation. Elles perpétuent leur lignée par parthénogenèse obligatoire, sans aucun patrimoine génétique masculin. Le concept de sexe, dans ce cas, s’efface totalement.
Les abeilles domestiques offrent un autre modèle : la naissance d’un bourdon (mâle) résulte d’un œuf non fécondé, tandis que les ouvrières et la reine proviennent d’œufs fécondés. Le sexe dépend donc du mode de fécondation, instaurant une hiérarchie et une organisation sociale uniques.
Ces exemples soulignent à quel point la nature n’a que faire des catégories simples. Chez ces animaux, le sexe se module, s’efface ou se redéfinit au gré de pressions évolutives ou d’alliances invisibles avec des bactéries.
Hermaphrodisme, parthénogenèse, homosexualité : la diversité des stratégies reproductives
La sexualité animale ne se limite pas à la stricte dualité mâle-femelle. Le monde animal regorge de stratégies reproductives remarquables. L’hermaphrodisme se retrouve chez de nombreux invertébrés, comme les escargots ou les vers plats, mais aussi chez certains poissons. Ces espèces disposent d’organes mâles et femelles, parfois simultanément, parfois successivement, maximisant ainsi les chances de reproduction même en l’absence de partenaires variés.
La parthénogenèse bouleverse encore davantage le modèle classique. Ce mode de reproduction asexuée autorise le développement d’un embryon sans aucune fécondation. Chez les phasmes ou les lézards Aspidoscelis, la parthénogenèse est obligatoire : chaque individu est femelle, la transmission se fait de mère en fille. D’autres espèces, reptiles ou insectes, alternent entre reproduction sexuée et asexuée (facultative). Si cette stratégie assure une expansion rapide, elle expose aussi à une diversité génétique plus faible, ce qui peut fragiliser l’espèce face aux aléas de l’environnement.
Autre facette souvent ignorée : le comportement homosexuel se manifeste chez une multitude d’espèces, du béluga à l’albatros. Ces comportements jouent un rôle dans la cohésion du groupe, la hiérarchie ou encore l’apprentissage des jeunes. Ils témoignent de la richesse et de la souplesse des comportements sexuels au sein du règne animal, bien au-delà de la simple reproduction.
Des exemples fascinants qui bousculent nos idées reçues sur le vivant
La reproduction animale dessine un paysage bien plus hétéroclite qu’on ne le croit. Le condor de Californie en est un bon exemple : au zoo de San Diego, des femelles ont donné naissance sans qu’aucun mâle n’intervienne, alors même que des partenaires fertiles étaient présents. Chez les oiseaux, un tel phénomène reste exceptionnel et invite à reconsidérer le rôle du sexe dans la perpétuation des espèces.
Chez certains invertébrés, la famille des scorpions du genre Tityus étonne par la variété de résultats reproductifs observés. Voici quelques cas emblématiques :
- Tityus serrulatus : reproduction exclusivement féminine par parthénogenèse
- Tityus meteuendus : naissance uniquement de mâles
- Tityus neblina : production des deux sexes
Les reptiles réservent aussi leur lot de surprises. Aspidoscelis neomexicana et Aspidoscelis uniparens, deux espèces de lézards, n’abritent que des femelles qui perpétuent leur espèce sans jamais croiser un mâle. La lignée se transmet ainsi, génération après génération, dans une continuité exclusivement féminine.
Autre révélation, certains requins se reproduisent seuls en captivité, grâce à la parthénogenèse facultative. Le python réticulé ou le dragon de Komodo sont aussi capables de donner naissance sans intervention d’un mâle. Ces observations, souvent issues de zoos ou d’aquariums, dévoilent une créativité insoupçonnée au sein du monde animal. La diapause embryonnaire ajoute une dimension supplémentaire : chez le tatou ou le fourmilier géant, le développement de l’embryon s’interrompt temporairement, attendant des conditions favorables pour reprendre.
Face à cette inventivité biologique, la nature rappelle qu’elle ne se plie à aucune norme figée. À travers ces exemples, les sciences nous invitent à élargir notre regard : la reproduction n’obéit à aucune loi unique, elle s’écrit au pluriel, parfois jusque dans l’absence totale de sexe tel qu’on le conçoit. Voilà de quoi remettre les compteurs à zéro, et nous inciter à observer le vivant sans idées préconçues.


